• VII-L'EGLISE DE LA RENAISSANCE : UNE NOUVELLE CRISE DU CLERGE QUI RESSEMBLE A CELLE DU MOYEN-AGE (du XIVe au XVIe siècle)

    Au coeur de l'Europe de la Renaissance, pleine de dynamisme et de vitalité culturelle, l'Eglise se trouve plongée une seconde fois dans une crise très profonde.
    Cette crise n'est pas essentiellement liée au fait que les humanistes prennent du recul par rapport au catholicisme.
    Il y a d'autres problèmes beaucoup plus graves :
        
    1-En amont, tout d'abord : la monarchie est en train de gagner en puissance.
    En effet, la société de cette époque ressemble un peu à une pyramide qui s'élève petit à petit, et dont le sommet devient de plus en plus "pointu" (n'oublions pas que, depuis Hugues Capet, les souverains dominent progressivement les seigneurs).
    Ce mouvement ascendant conduira, au XVIIe siècle, à "La monarchie absolue" (nous nous souvenons tous de la célèbre phrase de Louis XIV : "L'état, c'est moi !").
    Mais déjà, à la Renaissance, certains rois souhaitent montrer leur autorité sur l'Eglise en nommant les évêques et les abbés (malgré la réforme grégorienne du XIe siècle, les papes peuvent signer des concordats), ce qui plonge l'Eglise dans une sorte de "Moyen-Age bis".
        
    2-En aval, ensuite : le lien avec les seigneurs n'est pas totalement rompu (souvenons-nous que le système féodal est toujours en place, même s'il n'est plus aussi puissant).
    Or, il se trouve que la Renaissance (qui, comme nous l'avons vu, n'est pas un mouvement d'inspiration religieuse) ne conduit pas l'Europe à la "prière", au "recueillement" et au "silence intérieur" (comme le temps des cathédrales).
    Non, la Renaissance est un mouvement qui veut prendre du recul par rapport à l'Eglise (sans pour cela la renier), et qui s'accompagne d'un goût très prononcé pour le luxe et les grandes fêtes :
    Les seigneurs étant souvent des mécènes, ils demandent à leurs artistes d'embellir leurs châteaux (en échange de leur protection).
    Ainsi, après avoir passé des "commandes", ils s'enrichissent de tableaux de maîtres, de tapisseries onéreuses, de vêtements de luxe...
    Et pour montrer tout cela à leurs relations, ils font des fêtes dans les jardins et les palais, organisent des banquets somptueux où il y a des quantités de valets, de la nourriture à profusion, des couverts de luxe... (l'homme "type" de la renaissance est d'ailleurs plutôt gros !).
        
    3-Comme on peut l'imaginer, beaucoup de prêtres et d'évêques sont invités à ces festivités et se laissent entraîner dans ce tourbillon.
    Il y a alors une crise très grave dans le clergé : des ministres ordonnés mènent une vie de faste, prennent des maîtresses, deviennent eux-mêmes des mécènes, s'enrichissent considérablement...
    Certains évêques cumulent les évêchés, pour avoir plus de revenus, et vivent dans l'opulence...
    Le pape Jules II demande même aux gens de financer la reconstruction de la basilique Saint Pierre en échange du pardon de leurs péchés... Bref, les choses ne vont pas bien !
    Tout cela choque profondément un moine allemand, Martin Luther, qui appelle Rome : "Babylone". En 1517, il fixe 95 objections sur la porte de l'Eglise de Wittenberg.
    Cet acte va déboucher sur l'une des plus grosse crise que l'Eglise n'ait jamais connue : la réforme protestante.
        
    Pourquoi l'action des papes et celle des grands ordres monastiques n'enrayent-elle pas immédiatement les dérives du clergé (comme au Moyen-Age) ? Pourquoi la "tenaille réformatrice" ("par le haut" et "par le bas") ne fonctionne-t-elle pas, cette fois-ci ?
    Nous allons le découvrir au prochain chapitre.
        
    (à suivre)