• XII-L'EGLISE A L'EPOQUE DES LUMIERES : LE TRAUMATISME DE LA REVOLUTION FRANCAISE (XVIIIe siècle)

    1-En 1789, un fossé très profond s'est creusé entre le "tiers-état" (qui représente alors 96% de la population française), la "noblesse" et le "clergé".
    Il faut dire que la dureté du système féodal, la pauvreté, les injustices, les inégalités devant l'impôt... sont devenues insoutenables. Toutes les conditions sont donc réunies pour que la révolte éclate.
    La révolution française, qui est l'expression de cette colère, comporte deux aspects :
    a)-Tout d'abord, cet événement répond à un besoin profond de réorganiser la France socialement, administrativement et politiquement.
    Dans ces trois domaines précis, on peut dire que la "Déclaration des droits de l'homme et du citoyen" (publiée en août 1789) marque une étape décisive vers plus d'équité et de justice sociale.
    b)-Ensuite, il faut savoir que cet épisode de l'histoire de France comporte aussi une part d'anticléricalisme (l'influence des "lumières", nous l'avons vu, est grande à cette époque) non négligeable.
       
    2-Voici, en deux points très courts, le déroulement des événements :
    a)-En novembre 1789 et en février 1790 : l'Assemblée Constituante (c'est à dire l'instance qui regroupe les représentants du tiers-état, de la noblesse et du clergé) décide la confiscation des biens de l'Eglise, la suppression des ordres religieux et l'abolition des voeux monastiques.
    Des membres des "Comités Révolutionnaires Locaux" se rendent alors dans les monastères et demandent aux moines et aux moniales de retourner dans leur famille.
    Bien sûr, tous n'acceptent pas. Beaucoup préfèrent rentrer dans la clandestinité et se font héberger dans des fermes alentours, par groupes de trois ou quatre (gardant parfois leur habit religieux sous des vêtements civils, et disant leurs offices en cachette par peur des représailles).
    b)-En juillet 1790 : on tente de mettre le clergé sous contrôle également, et ceci grâce à la "constitution civile du clergé".
    Ce texte prévoit entre autre : l'élection des curés de paroisses, des évêques et des archevêques par les assemblées de département et de district, un serment de fidélité prêté à la Constitution, la rémunération des ministres du culte par l'état.
    Autrement dit, le gouvernement cherche à organiser "l'Eglise" à sa façon (c'est à dire indépendamment du pape).
        
    3-Comme on peut s'y attendre, Rome refuse cette attitude de l'état (en 1791). La grande majorité des évêques français (23 sur 30) va dans le même sens que le Saint Père.
    Les prêtres, par contre, sont très divisés :
    a)-50% d'entre eux suivent l'état. Ils deviennent alors "assermentés" ou "jureurs". Cela, bien entendu, n'est pas sans poser le problème de la légitimité de leur nouveau "sacerdoce" ainsi que celui des liens qu'ils entretiennent avec les autorités en place (l'état, en effet, demande que soient célébrées les fêtes de la "déesse Raison", à Notre Dame de Paris, et de "l'Etre Suprême").
    b)-Une autre moitié des prêtres, par contre, rejette la "constitution civile du clergé". Dans ce cas, on parle de ministres "réfractaires".
    Autrement dit, les prêtres entrent dans la clandestinité, vivent souvent très pauvrement... mais sont toujours en pleine communion avec Rome.
    Le saint curé d'Ars (qui est né en 1786) fait sa première communion en secret, dans une ferme d'Ecully dont on a fermé les volets pour éviter que la lumière des cierges éveille des soupçons.
    Il faut toujours prendre énormément de précautions, en ces temps troublés, car les "réfractaires" sont déportés en Guyane ou condamnés à l'échafaud.
        
    4-A cette époque, tous les regards sont tournés vers la France.
    Le choc est énorme, en Europe, car les conséquences sont désastreuses pour notre pays : les rassemblements religieux sont interdits (les messes, les sacrements...); les fêtes chrétiennes ne rythment plus la vie quotidienne (on efface le souvenir des saints en introduisant le calendrier révolutionnaire; on remplace la fête des rois par celle des Sans-Culottes...); les gens sont abreuvés d'idées anticléricales (les statues des portails sont mutilées); la pratique, qui était quasi-générale avant 1789, s'effondre très rapidement (elle est divisée par 5 à Bordeaux !)...
    Bref, on assiste à une DECHRISTIANISATION extrêmement rapide de la France.
        
    Face à un tel désastre, on se demande s'il va être possible de faire repartir l'Eglise un jour, et si l’on va pouvoir réunifier le clergé et reconstituer les communautés ecclésiales. La tâche paraît impossible !
    Au prochain chapitre, nous verrons comment l'Eglise de France est quand même parvenue à sortir de cette impasse.
        
    (à suivre)